Découverte du dossier du Figaro concernant l'univers des maisons de retraite paru le 27 août 2003
L'accueil des personnes âgées : un eldorado pour les financiers
Les députés veulent enquêter sur les dysfonctionnements constatés lors de la canicule, notamment dans les maisons de retraite, un marché en pleine explosion. Anne-Laure Julien et Eric de la Chesnais (le Figaro du 27 août 2003)
Le marché des maisons de retraite a le vent en poupe. Industriels et financiers ont montré au cours des dernières années que le filon était porteur, même si le secteur privé ne représente pour l'instant que 10 à 12% de l'offre de lits pouvant accueillir actuellement les personnes âgées en France. Soit l'équivalent de 80 000 places sur les 680 000 disponibles. Le reste se répartit entre les maisons de retraite publiques, dont les moyens financiers et humains ne sont pas extensibles, et le secteur associatif privé, principalement les congrégations religieuses qui, compte tenu de la crise des vocations, sont en diminution.
La perspective d'un plan "Marshall" pour les maisons de retraite rend ce secteur d'activité encore plus attractif.
Les fonds d'investissements, toujours à la recherche de bonnes opportunités, ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Ils sont de plus en plus nombreux à racheter des établissements pour personnes âgées, à l'instar du holding financier Batipar qui vient de reprendre en association avec la banque Morgan Stanley, le groupe Serience. En rapprochant ce dernier d'un autre grand réseau, Finagest, Batipar possède aujourd'hui une quarantaine de maisons de retraite. Dans le sillage de cette opération, la vente de Medica France, numéro deux du secteur avec 74 établissements recensés en France, est sur le point d'être bouclée. Là encore, ce sont des financiers qui tiennent la corde. La transaction se monte à plus de 150 millions d'euros, soit l'équivalent du chiffre d'affaires réalisé l'an dernier par Medica France.
Pourquoi un tel engouement sur un secteur qui, de prime abord, n'a rien d'attrayant ? "Rentabilité, sécurité et visibilité", répondent de concert les financiers. Une participation dans ce type d'établissements leur assure en effet une rentabilité d'au moins 15% par an.
En outre, le risque de faillite est réduit sous l'effet conjugué du vieillissement de la population et de la pénurie des maisons de retraite en France. Enfin, l'âge moyen des personnes qui se trouvent dans ces résidences dépasse les 80 ans, une population qui devrait doubler au cours des dix prochaines années. Une visibilité sur le long terme que peu de secteurs industriels sont capables, à l'heure actuelle, de garantir à des investisseurs. La Bourse l'a aussi très vite compris quand en 1998, Medidep, aujourd'hui numéro trois du secteur avec une soixantaine de résidences, est venu se faire coter sur le nouveau marché. Aux sirènes de la nouvelle économie, les boursiers ont préféré les 60% de croissance annuelle d'activité affichée par le groupe. Grand bien leur en a pris, puisqu'en l'espace de cinq ans la valeur de Medidep a été multipliée par six. L'an dernier, Orpéa, le numéro un du secteur en France, a lui aussi rejoint la Bourse.
La stratégie de ces chaînes de maisons de retraite repose sur l'accroissement de leur parc. Or pour racheter ou construire de nouvelles résidences, ces groupes déjà lourdement endettés manquent de fonds nécessaires. Ce n'est pas tant le fonctionnement d'un établissement, mais plutôt l'investissement immobilier de départ qui coûte de l'argent. D'où le recours systématique à des financiers. "Nos nouveaux projets d'établissements sont pratiquement tous financés par des investisseurs extérieurs qui rachètent les murs. Pour eux, nous sommes des locataires sans risques et à grande visibilité", explique ainsi Jean-Claude Marian, le président directeur général d'Orpéa.
En dépit de la logique de rentabilité de ce marché, deux questions restent néanmoins en suspens : la pénurie de personnel et les risques sanitaires liés à la négligence dans les soins.